L'encre inconnue

Publié le 22 Février 2014

Voici une image qui paraît pourtant simple: un galet dessiné par la nature. Des traits noirs sur un corps de cristaux après le vent, la glace, l’eau, la chimie de la couleur au fil du temps.
Qu’est-ce qui séduit tant, qui trouble, interpelle ? Certes, la beauté, des règles édifiant l’esthétique. J’ajouterais la « rencontre », à un moment au bord de la rivière. Le regard de l’homme repère un galet recouvert de traits noirs qui lui parle en silence. Mais que se passe-t-il vraiment ?
L’imagination trouve un petit territoire face à la forme et l’abstraction du dessin. Elle devinera quelque branche, une silhouette, un animal, une étendue nocturne, un repli secret sur l’arrondi.
Mais il suffit d’aimer ce qui se présente au bord de la rivière, dans un pierrier. C’est vivre par les sens.
Vers moi s’avancent la solitude, le silence. Une partie de la terre se découvre avec une facilité, une générosité, une « richesse » bien rares, et de plus, je me dis que je pourrais bien être le premier homme à voir ce précieux galet.
L’essentiel est aussi dans le partage. Photographier ce que je découvre n’a de profondeur au niveau du chant que si d’autres sont invités à se pencher sur le miroir solide travaillé par les courants, le souffle entre les orages. Une image visuelle est une racine brûlante, et les mots n’ont pas moins de force pour signifier que la vie prend forme, entre les individus évidemment; car parler seul ou pour un galet, comment comprendre un tel acte ? Photographier, dessiner, graver, écrire ou s’adresser à quelqu’un oralement permet, selon moi, quand le sujet vient de la nature, de rapprocher un peu plus l’individu de ce qui bat dans les éléments. En fait, une autre position existe et dont la portée n’est pas artistique et le cadre pas collectif : on peut se contenter de se retrouver soi-même dans la nature, rien que pour être bien. Une pierre est une chance comme un arbre, un courant de rivière, un jeu d’ombre venu du soleil pour agiter les nuages tout au fond de leur aventure, de la chaleur à la condensation, de la tension à l’éparpillement dans un dialogue avec la terre.

L'encre inconnue
L'encre inconnue

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #curiosités poétiques...

Repost 0
Commenter cet article