DIALOGUE DU PONT (poème de Régis Roux d'après une toile d'Ali Aïssaoui)

Publié le 12 Septembre 2015

Toile d'Ali Aïssaoui, 2015. Photos du Pont Vieux entre Bourg de péage et Romans (vers 1910).
Toile d'Ali Aïssaoui, 2015. Photos du Pont Vieux entre Bourg de péage et Romans (vers 1910).
Toile d'Ali Aïssaoui, 2015. Photos du Pont Vieux entre Bourg de péage et Romans (vers 1910).
Toile d'Ali Aïssaoui, 2015. Photos du Pont Vieux entre Bourg de péage et Romans (vers 1910).
Toile d'Ali Aïssaoui, 2015. Photos du Pont Vieux entre Bourg de péage et Romans (vers 1910).

Toile d'Ali Aïssaoui, 2015. Photos du Pont Vieux entre Bourg de péage et Romans (vers 1910).

Ali Aïssaoui est un homme généreux qui espère qu'un fleuve entre les continents est fait pour entendre l'écho.

C'est très spontanément que j'accompagne certaines de ses toiles, croyant quant à moi que la peinture et les mots contiennent justement cette voix vivante qui nous parvient.

Régis Roux, le 12 septembre 2015.

*

Note du 24 février 2016:

Une exposition se prépare où nous lirons, Ali et moi-même, ce poème devant cette peinture, que la vie des couleurs et des sonorités soit encore plus sûre de franchir je ne sais quel courant de nuit !

Et le temps, comment reste-t-il en équilibre d'une terre à l'autre ? Des vues anciennes du pont et des deux rives me sont parvenues dernièrement. Je les ajoute à la toile d'Ali.

***

**

DIALOGUE DU PONT

LE POETE

Le réel traverse-t-il un souffle ?

...

Qui montre la pierre précieuse au-dessus du courant ?

ALI

Cette rivière saigne quand je peins loin du sable

Des quartiers que hante l'anonymat

Car mon architecture aime deux sols jumeaux

...

Juste le temps d'écouter le crissement de la pluie

Les mirages depuis mon enfance

LE POETE

Rameur sous un ciel dur

Si tu remontes ce miroir

L'écho dans tes racines

Réveille des précipices

ALI

Je connais ton accent minéral

Tu parles des pics millénaires couverts d'or

Aujourd'hui coteaux grâce à l'érosion amoureuse

...

Mais Rabbia

Statue blanche pour le jardin

Si près de l'âme

Retiendra-t-elle nos orages ?

LE POETE

Comète étrangère

Conquête seule dans la poitrine

ALI

Pourtant le jour vécu reste le premier témoin

LE POETE

Le frisson sur un plan glacé peut suivre le rameur

Quand sa tête vise les tourbillons libres

ALI

J'aime les pierres bleues sous les pas quand on se tait

Tout devient monument sans calcul

Sans le trésor dévoreur de silhouettes

Sans les clefs coupantes qui mordent la ville

LE POETE

Piles du pont d'avant l'homme

Avec leur transparence forgée dans le centre planétaire

...

Si quelque épée triomphe en nous qu'elle brille

Nouvelle comète entre les mains perdues

Si le phare est capable d'envahir la mer

Au nom de l'histoire basculant vers un seul crépuscule

Un chemin d'ici

Une porte sûre

ALI

Un mot pour une couleur

Même avec la crue millénariste

...

Etre là jusqu'à la poussière

LE POETE

Arches pensées depuis le sol marin

Calcaire ou gonflé de plantes fossiles

Rien n'appartient au ciseau

Un autre plan plus profond choisit sa crue

La culture est une ombre magique

ALI

Fin de l'équilibre menteur entre les rives

LE POETE

Goût du sel enflammant le corps

Dit la caravane aux millions de dunes

ALI

Dans un mirage l'eau s'envole en redessinant les cartes

LE POETE

Pays glacé la nuit

Balisé par des gravures

En mémoire du printemps

ALI

Boisson verte partagée au nom des flammes

LE POETE

Une écluse arrive libre sous le pont

ALI

Réalité des reflets pour avoir aimé ce passage

Car je ne connais aucun bateau en dehors

Tout drapeau se déplie à partir d'écueils

LE POETE

Sais-tu que ce pays parcouru par un dauphin des Alpes

Fut transporté c'est le terme pour vendu rive droite

Et que l'immeuble existe encore ?

La comédie politique détourne mal les océans

ALI

Cicatrice emportée loin des oiseaux d'aujourd'hui

LE POETE

La collégiale accompagne une terre si haute

Que du bleu calme la surface

ALI

Un phare existe au bout du monde

On le retrouve en s'éveillant

LE POETE

Et le paysage en fête

Les veines du bois le plus parfumé

Même les alphabets qui ricochaient sur la neige

Défont des nœuds

Des cercles faux

ALI

Royaume au bout d'un geste

Comme la vie s'oriente

A force d'aimer les points cardinaux qui battent au rythme de

son coeur

(Régis Roux,Drôme; 21,22,23 août 2015.)

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #Poèmes. Collaboration avec des peintres.

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