Publié le 24 Janvier 2014

LE TEMPLE DE PIERRE


Pour Jean-Yves Loudes,


Ta cabane de vigneron découverte
Avec l’argile fidèle aux statuettes
Quelle fête ouvre t-elle sans écriture ?
Quel intérieur traverse un homme sans lire ?
Carreaux déserts vous saignez dans l’éclaircie
Mosaïque recomposée par la terre
Pièce nue comme le devient la richesse
La seule serrure à suivre des murmures
Quel testament des mains laisse le sol ?
Pierre Martelanche à la poitrine dure
Cocher forgeron berger avant la vigne
Employé très loin de cette éducation
Comète invisible depuis ta naissance
La jumelle jamais serrée contre toi
Tu chassas la guerre en secret terre cuite
Rougi par tant de crépuscules tombés
Portant des mises à mort des continents froids
Et ta respiration saisie par la nuit
Imaginant ce qui suit le territoire
Emporté par des lionnes ou des femmes
Galerie de coiffures tissées par l’ocre
Tourbillon Babel comment nommer ce corps ?
Les mains contournant des pistes étouffantes
A l’entrée d’une campagne plus fine
Un autel d’immortalité en relief
Pays de bourgeons de tapisseries vertes
Le progrès la paix labourant ton délire
Pouvoir aux amazones consolatrices
La paix au profil nourri de chants d’oiseaux
Toujours la vendange bleue gonflant des grappes
Si répéter ce mot remplit de pollen
Si toute serrure fleurit dans le vent
Jusqu’à des filles qui forgent des canons
Ou pleurent car l’orage est dans les jardins
Leurs bras pour tous montant d’un terrain possible
Des femmes oui la fièvre qui met au monde
Avec ton ombre portée toi l’amoureux
Pierre modeste parmi les pains d’argile
Grand vigneron cerclant la rouille magique
Signant la limite infinie des marées
Des profils noircis au bout de ton travail
Alors tu réinventas la source blanche
Quitte à prendre le sable pour de la neige
Entre poussière pâle souple statue
Et veston quotidien protégeant des crues
Car il faut bien croire à l’assemblée des hommes
Depuis la photo de famille reprise
Un demi siècle aveugle puis démasqué
Cinquante ans pour que l’art apparaisse et batte
Au nom des ceps jaunis des saisons grimpantes
Avant l’équinoxe arrachant le royaume
Survivre enfin pour que le jour se renverse
Derniers temps copiant l’idole à l’horizon
Cinquante ans de soleils cachés par le feu
Presque impossible à force de mal compter
Pierre Martelanche modelant des cœurs
Potier recevant les sources chaudes gravées
Céramiste fixant des coins d’arc-en-ciels
Ouvrant ton petit musée comme un secret
Compagnonnage tout au bout du pays
Toi le Robinson malgré tous tes enfants
Une famille gravée jusqu’à la foi
Celle des ressemblances des voix si jeunes
Envahissant déchiffrant la carte intime
Le site inconnu crié avant la mort
Voilà ce qu’aura fait le pressoir sensible
Ce retour près de ton monde en miniature
Que ces tablettes soient fines dans le jour
Que ce bas-relief tourne dans un bouton
Que cette colonne fleurisse plus souple
Que ce linteau rappelle à l’esprit ses rêves
Le fond du temple libéré seul comme un ciel
Ici pour des flaques dépourvues d’orages
Rien qu’une chevelure de terre et d’eau
Un regard jumeau dès que les mains se touchent
Muses coiffées perdues proches du brouillard
Muses des ceps versant tout l’argent du corps
Le petit matin au loin dans les collines
Les monts d’or les tumulus de sève blonde
L’écartellement de la source au torrent
Jusqu’à la grappe gelée dans son arôme
Violette en hiver attendant la visite
La dictée d’un calendrier pour la sève
Le retour du fleuve et de ses thermes blonds
Saluer chaque plage et le jour plus long
Puisque ce pays vers le sud est sans faille
Ondulé à force d’aimer les statues
Silhouettes appelées dans leurs cristaux
Voilà bien la mémoire chassée du coeur
Etourdie par un paysage à revivre
Un temple interminable dès qu’on l’appelle
Paradis traversant tous ceux qui verront
Un soir au milieu des vignes la prière
L’argile imaginée pleine de poitrines
Corbeilles plus patientes que l’érosion
Le marteau qui fond devant l’individu
Le nom d’un homme amoureux de son enfance
Réclamant aux branches leur sève tardive
Jouant dans une maison avec l’argile
Réplique en soi qui faillit bien disparaître
Il a suffi d’un visiteur voyageur
Avec ses encres ses fêtes africaines
Afghanes ou brésiliennes même étoile
Esprits d’Haïti préparant des cavernes
Il a suffi d’un écrivain d’une flamme
Avec ses animaux trouvant la leçon
Aussi douce que leur regard silencieux
Rien ne force l’âne à aimer les chemins
Éduqué à chaque étape paysanne
Depuis les descendants d’une île écossaise
Depuis qu’ici le monde intérieur s’échappe
Trésor patient puisque l’érosion l’épargne
Un peu en marge de la vallée des fruits
Quelques gestes dormant sous des poutres calmes
Depuis que le printemps revient dans les arbres
Qu’il a dit qu’un souvenir ne part jamais
A nié la cabane aux ronces aux murs fendus
Comme un dessin recomposé par le froid

Un temple pour ce qui ne renonce pas

Une confusion du temps premier soleil

Régis Roux, (Bourg de péage, Drôme des collines, janvier 2014.)

Pour en savoir plus sur Pierre Martelanche et Jean-Yves Loude :
http://voyagecoteroannaise.wordpress.com/2013/01/18/pierre-martelanche-vers-la-reconnaissance/
http://www.loude-lievre.org/site/
http://www.dailymotion.com/video/x11se64_martelanche-redecouvert-a-st-romain-la-motte_creation

Photos de Viviane Lièvre
Photos de Viviane Lièvre
Photos de Viviane Lièvre
Photos de Viviane Lièvre

Photos de Viviane Lièvre

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Rédigé par Régis Roux

Publié dans #curiosités poétiques...

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Publié le 21 Janvier 2014

La technologie moderne tisse-t-elle ses réseaux au sein même de l’inspiration, je veux dire au fond de l’homme ? Je le croirais si le dernier mot ne revenait toujours à la vérité du monde; car ce fut par la télévision puis par Internet que je pris connaissance de l’univers de Pierre Martelanche. Il y a peu de temps je tombe sur une émission régionale rendant compte de la restauration de l’œuvre du vigneron sculpteur qui vécut de 1849 à 1923 à Saint-Romain-la-Motte, près de Roanne. Les sculptures en céramique sont remarquables. Des colonnes, des bas-reliefs, de petits fragments au creux des mains témoignent d’un rêve entre les saisons de la guerre. Je revois un instant cette « reine du monde » de Ferdinand Cheval, et bien entendu je me dis que l’argile fut pour l’un et les galets pour l’autre. De l’art brut si près du sol. Une présence infinie de la féminité. Il m’a semblé immédiatement que l’essentiel se trouvait dans l’expression de ces hommes liés à leur époque, au lieu de leur vie. Martelanche et les vignes ? Quand je tombai sur l’émission télévisée, je rentrais justement du Beaujolais. Et puis…j’appris que celui qui, au cours d’une résidence d’écrivain avait « redécouvert » ce travail artistique -l’ethnologue Jean-Yves Loude- résidait près de Beaujeu. On ne s’étonnera pas de ma sensibilité à l’espace, à ce langage des éléments portant le frisson de l’esprit. J’ai contacté Jean-Yves Loude qui eut la gentillesse de me faire parvenir des documents, une photo des sculptures. Découvrir, savoir, comprendre et défendre l’idéal exprimé par le sculpteur autodidacte ? Une association s’y applique. De mon côté, mon approche n’oublie pas le poème au cœur de Martelanche. J’exprimerai cela prochainement.

photo de Viviane Lièvre

photo de Viviane Lièvre

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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 15 Janvier 2014

Quand on a vu quelque image étonnante, on a tendance à croire qu’on pourra deviner les autres, mais s’il est vrai que des modèles existent à partir de contours, de tons identiques, chaque nouvelle découverte apporte son terrain neuf, son bouquet puisé à une source inédite, déstabilisant le regard qui croyait à la beauté qui serait devenue familière. Ainsi, récemment, un secteur de l’Herbasse m’est apparu complètement différent de celui rencontré la veille. Où se trouvait la rivière dans cette étendue, en plein champ creusé par un nouveau cours d’eau toujours présent ? Pourtant la rivière avec sa crue avait bien créé l’espace envahi de sable sur plusieurs mètres. C’était là un chemin de boue, de sable mouvant, d’effondrements gris. C’était là que la plaine retrouvait son aspect primitif avec la force de l’univers appelée griffe interminable de l’érosion, sa fonction de grande pourvoyeuse de grains, de poussière tout au bout de la mécanique des étoiles; car à présent les galets, s’ils s’amoncelaient à quelques dixaines de mètres, juste après les arbres couchés, les souches transportées par les tourbillons, les galets de quartzite laissaient bien place à une fracture de sable et d’eau. Mais d’où venait celle-ci ? De plusieurs sources nées plus haut dans la colline ? Prenant ces photos, je me suis vu à la baie du Mont-Saint-Michel ou celle de la Somme; et l’on comprendra qu’ici même j’ai pu sentir le reflux d’une marée. Elle porte simplement un autre nom : la crue au parfum de pâte marron brûlant la roche et le cri des courants.

Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...
Quand on a vu quelque image étonnante...

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Rédigé par Régis Roux

Publié dans #curiosités poétiques...

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Publié le 15 Janvier 2014

Il bat dans l’écume
Eveillerait un angle

Ses voiles rougies
Pour le vent la peinture

Jusqu’à se tordre
Aimer le fond de la sève

Même des étoiles
Entourent son cœur

La toile bouge comme une écorce le soir
Déplaçant une frontière odorante et verticale

Avec le silence à l’intérieur

Celui qui se souvient du soleil

BOUQUET

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Rédigé par Régis Roux

Publié dans #Poèmes. Collaboration avec des peintres.

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Publié le 9 Janvier 2014

La lune va jusqu’au bouquet de flocons
Elle ralentit avec sa marée blanche

C’est un puits parfumé pour que la nuit brille

Au mur le soleil se décline

La chair des fruits peut rêver

Car du bleu perce le miroir froid
Plus profond qu’un voyage vers la terre
Couronne liant des couleurs à ce qui tourne
Pétrit des galets pareils à des bijoux dans l’eau
Crée des ponts lointains sur de la suie

Et à l’intérieur d’un monde gonflé de flammes
L’explosion rouge
La signature enfin libre d’appartenir à la toile infinie
Sans cadre si près de la vibration qui fait la liberté de la source

Toile de Chantal Longeon, 2014;

Toile de Chantal Longeon, 2014;

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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 7 Janvier 2014

En hiver, les eaux folles du Furon, dans les gorges, parlent toujours du palais de Mélusine. Pour le sentir, il suffit de choisir un matin bleu. Toute histoire est douloureuse puis traverse une surface éblouie. Découvrir les « larmes » de la fée peut devenir simple et fantastique : au bord du torrent, une baignoire sans saison incite à chercher tout près, parmi les éclats du miroir avec le courant plus calme et les petits galets. Madeleine Rivière Sestier évoque ces larmes minérales dans son livre Au fil de l’Alpe. Elle rappelle que la fée n’a pu rester et pleure son amour perdu.
Il convient, pour accomplir un itinéraire pareil à tous les refrains amoureux dont la racine est toujours vive, de remonter jusqu’à l’entrée des grottes. De l’encre cachée s’agite au départ de la crue, des murmures. Car nature muette ou silhouette humaine, tout se tient dans ce décor, la nuit inconnue sous la montagne, les pans de calcaire tombés des plafonds souterrains, les buis parfumés sur le chemin, l’élan des nuages au-dessus des falaises, les jeux glacés du soleil au premier frisson des eaux, et Mélusine, la femme attendue jusqu’à la rupture des frontières, Mélusine avec son image peinte et ses appels étouffés par trop de lumière. Il peut arriver qu’on l’aperçoive. Alors malheur à celui qui n’aurait pas conscience de cette vie, mélodie féminine et forte, profonde et mystérieuse au nom du monde, au nom d’un royaume personnel où rien n’est plus jamais séparé.

Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné
Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné

Et In memoriam Madeleine Rivière Sestier à qui je dois la découverte des merveilles du Dauphiné

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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 7 Janvier 2014

Les yeux
leur pastille lente

Rouquine avec des rayons parfumés même au-delà des vitres
Une joue à peine voilée par de l’encre
Et des mains secrètes
Celle qui suit le courant chaud
Celle qui voile un coin de bouquet orageux

O modèle primeur des anges

La conversation la nudité ont noué l’image et ce qui bat

-Espérons que le sang nous rende amoureux
Poser face à l’arc-en-ciel nourrit de nouveaux printemps
Puisqu’un frisson trahit l’éclair le plus durable
Il a dessiné ma silhouette qui se veut ton ombre
Il a répété autant de matins que tu me désires
Car entre nous je ne vois que l’horizon jusqu’à la confidence

- La neige danse loin de ses cristaux
On la dirait brûlante quand le torrent la fait crier
Dehors le paysage attend le point sensible du modèle
Un phare au cœur chassant tout labyrinthe intérieur
Le sens l’écho d’une voix si proche

Le corps et son silence

pastel sec d'Agnès Garcin, 2013.     Site de l'artiste :   agnes-garcin.fr/

pastel sec d'Agnès Garcin, 2013. Site de l'artiste : agnes-garcin.fr/

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Rédigé par Régis Roux

Publié dans #Poèmes. Collaboration avec des peintres.

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Publié le 5 Janvier 2014

" MENTIR DEHORS

VOILA L'ESPRIT "

(Régis Roux, Le terre lointaine, P.15,Ed l'Harmattan, 2013.)

un cadeau de la terre

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Rédigé par Régis Roux

Publié dans #curiosités poétiques...

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Publié le 4 Janvier 2014

De quel territoire s'agit-il ? Du "tombeau du silence et du repos sans fin" ? Voyage ouvert sur le monde ou tentative de vivre en soi ? Les photos qui suivent ont été prises dans un affluent, mais alors même que je le remontais tranquillement, sans idée d'interpréter la roche ou l'eau, m'est apparu ce parcours à la fois si réel et symbolique. L'affluent se resserrait, chassant les cailloux puis les retrouvant pour les expulser de nouveau et la nature du sol montrait elle aussi des variations. Le temps, l'érosion, un trésor vers la source: iIl m'a semblé que ce point précieux de l'espace, quelque part entre la matière et l'esprit, me concernait directement : une entrée, un lit de galets, les vagues de la terre au fond de la combe sauvage, le regard, les pas remontant jusqu'à la fin, peut-être bien tout contre la dernière pierre, celle qui bat dans le corps de l'homme et de ses rêves.

L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE
L'ENTREE DU TERRITOIRE

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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 4 Janvier 2014

Voir photos aux motifs semblables, mais avec un regard légèrement différent (et d'ailleurs, les jours du calendrier ne font-ils pas de même ?)

Beaujolais...de la suite pour 2014...
Beaujolais...de la suite pour 2014...
Beaujolais...de la suite pour 2014...
Beaujolais...de la suite pour 2014...
Beaujolais...de la suite pour 2014...
Beaujolais...de la suite pour 2014...
Beaujolais...de la suite pour 2014...

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Rédigé par Régis Roux

Publié dans #curiosités poétiques...

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