Publié le 27 Février 2014

Un fragment de plage ancienne

Le regard peut être surpris sans qu’il comprenne ce qui lui renvoie un miroir magique.
Il y a deux ans je descendais un ruisseau gonflé de galets. Je n’étais jamais venu dans ce secteur sauvage. Je me souviens qu’à un moment, fouillant du regard le lit minéral en aval, je remarquai une forme ridée, peut-être à une trentaine de mètres. Je pensai à un pan de mur ou à une plaque ondulée. Cela se rencontre-t-il pas en ce genre de lieu volontiers dépotoir ? J’aurais pu tomber sur de la tôle, un pneu, un vieux réfrigérateur.
Je me rapproche. De près, les ondulations sont si nettes, et l’objet si rare -puisque c’est la première fois que j’aperçois une chose pareille- la taille est tellement impressionnante que sur l’instant j’en perds tout bon sens. Bien sûr qu’il s’agit d’un véritable galet, bien sûr que le dessous le confirme, que l’on voit bien que la chose est en pierre, en quartzite; mais comme je ne connais pas l’origine de ces ondulations, ou plus justement comme j’aurais bien du mal à imaginer ce qui pourtant porte l’empreinte d’un territoire lointain et disparu, complètement différent de celui des collines d’aujourd’hui, je me contente, par simple curiosité, d’emporter le galet.
Il me faudra l’avis d’un géologue pour apprendre qu’il s’agit un fragment de cette mer qui occupait la région de Briançon bien avant la naissance de Alpes ! Et que dire du voyage depuis la fossilisation de ce fragment de plage vieux de 240 millions d’années ! Falaise, éboulement, galet, torrent, rivière, fleuve glacier géant puis dépôt pour édifier le plateau d’ici, les collines.

Un fragment de plage ancienne

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #curiosités poétiques...

Repost 0

Publié le 25 Février 2014

La ligne végétale au sommet
Cherche le ciel
Poussée par du sable
Un creux marron
Si fin pour se balancer
Recevoir l’écho des vagues

La brise noue des racines
Avec du sel
Des traces possibles
Des oublis cristallins après la brume
Un équinoxe réglé sur la danse marine
Comme si la toile du paysage allait se fendiller
S’incliner à la première silhouette
Sa carte imaginaire déjà dans les îles
Plus loin que la naissance profonde et bleue

toile de Martine Sophie Curien

toile de Martine Sophie Curien

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #Poèmes. Collaboration avec des peintres.

Repost 0

Publié le 24 Février 2014

Dès que je l’ai vu, au bord de la rivière sur le sable, entouré d’autres galets, je l’ai nommé « le géant d’Almeida » et vraiment, ces mots sont arrivés avec l’image. Il était couché en travers, corps ou sarcophage un peu teint par la terre, la lumière et le travail du temps. Je me suis approché, le photographiant à mesure que je le découvrais. Il était là dans un mouvement puissant, comme ancré dans son territoire, son empire, silencieux avec sa silhouette grise mais aussi avec sa différence. Car le grès l’avait forgé, non la quartzite, contrairement au peuple infini des galets du pays. J’ai fait le tour du géant, et j’ai vu qu’il était plat. Ce qui m’a frappé, ce n’est pas ses proportions résultant de l’érosion, c’est l’évidence d’une image comme parvenue au bout de sa vie secrète, immobile après le transport des courants, la forge la plus ancienne de la terre, en réalité tout ce qui donne présence au chemin du minéral. Voilà peut-être pourquoi des mots sont arrivés spontanément et que je n’ai pas voulu les effacer pour les remplacer par d’autres. Car j’ai senti que pour moi ils sonnaient sans trahir ce que j‘étais en train de vivre. Je suis parti sans même avoir poussé du pied le géant afin de vérifier si sa masse était aussi importante qu’elle le paraissait. Que dit le géant ? Je sais seulement qu’il gît au bord de l’eau, peut-être aveugle et jaloux de son pouvoir mais bien capable, tant qu’il sera là, de faire dépasser du sol pourtant muet, le seau d’un voyage ancien.

LE GEANT D'ALMEIDA
LE GEANT D'ALMEIDA
LE GEANT D'ALMEIDA
LE GEANT D'ALMEIDA
LE GEANT D'ALMEIDA
LE GEANT D'ALMEIDA

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #curiosités poétiques...

Repost 0

Publié le 22 Février 2014

Voici une image qui paraît pourtant simple: un galet dessiné par la nature. Des traits noirs sur un corps de cristaux après le vent, la glace, l’eau, la chimie de la couleur au fil du temps.
Qu’est-ce qui séduit tant, qui trouble, interpelle ? Certes, la beauté, des règles édifiant l’esthétique. J’ajouterais la « rencontre », à un moment au bord de la rivière. Le regard de l’homme repère un galet recouvert de traits noirs qui lui parle en silence. Mais que se passe-t-il vraiment ?
L’imagination trouve un petit territoire face à la forme et l’abstraction du dessin. Elle devinera quelque branche, une silhouette, un animal, une étendue nocturne, un repli secret sur l’arrondi.
Mais il suffit d’aimer ce qui se présente au bord de la rivière, dans un pierrier. C’est vivre par les sens.
Vers moi s’avancent la solitude, le silence. Une partie de la terre se découvre avec une facilité, une générosité, une « richesse » bien rares, et de plus, je me dis que je pourrais bien être le premier homme à voir ce précieux galet.
L’essentiel est aussi dans le partage. Photographier ce que je découvre n’a de profondeur au niveau du chant que si d’autres sont invités à se pencher sur le miroir solide travaillé par les courants, le souffle entre les orages. Une image visuelle est une racine brûlante, et les mots n’ont pas moins de force pour signifier que la vie prend forme, entre les individus évidemment; car parler seul ou pour un galet, comment comprendre un tel acte ? Photographier, dessiner, graver, écrire ou s’adresser à quelqu’un oralement permet, selon moi, quand le sujet vient de la nature, de rapprocher un peu plus l’individu de ce qui bat dans les éléments. En fait, une autre position existe et dont la portée n’est pas artistique et le cadre pas collectif : on peut se contenter de se retrouver soi-même dans la nature, rien que pour être bien. Une pierre est une chance comme un arbre, un courant de rivière, un jeu d’ombre venu du soleil pour agiter les nuages tout au fond de leur aventure, de la chaleur à la condensation, de la tension à l’éparpillement dans un dialogue avec la terre.

L'encre inconnue
L'encre inconnue

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #curiosités poétiques...

Repost 0

Publié le 22 Février 2014

J’ai dû cacher le possible
Malgré le jour d’une harpe

Trop de bleu jusqu’à ta peau
Trop de terre vide
Avec cette statue solitaire
Fontaine immobile gravée le temps d’un accent

Que le rêve se fende à la source
Et l’amphore blanchit dans le feu

La parole et le jasmin n’ont rien pu

Visage au-dessus de la rencontre

O barque en exil

Plus tard j’ai entendu ta voix de roseau traverser les vitres du musée

Une mosaïque au bord du fleuve a recomposé ta carte

toile de Maurice Dien

toile de Maurice Dien

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #Poèmes. Collaboration avec des peintres.

Repost 0

Publié le 22 Février 2014

La tornade
Pour l’endroit
Blanchit l’homme
Les oiseaux
Par le ciel
Pour l’envers
Suit de l’encre
Son écorce
Foule brune
Des saisons
Rail sans fin
Contre l’autre
Quand repasse
La lumière
Entre voûte
Niche rousse
Et créneaux
Points vibrants
Quel bouquet
Prend leur cœur ?

*

Nous ignorons le début du corps
Comme nous ne voyons pas l’impasse ou le jardin doré
Les mains
Voilà notre carte pour que le sang croise l’autre
Au nom des silhouettes mortes
Nous dessinons le souffle sur le sol profond
Parfois brillant
Parfois dans l’esprit du charbon de bois

Qu’avons-nous de personnel si rien ne vibre ?

Nous sommes la terre secrète
Serrure autour de notre parcours
Ses règles feuilletées par le temps
Nous l’équilibrons avec amour le soir face au cosmos
Le matin par la neige magique devenue fleur

La peau cache aussi notre âme
Pareille aux vagues fines de l’horizon

toile de Caroline Issert

toile de Caroline Issert

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #Poèmes. Collaboration avec des peintres.

Repost 0

Publié le 21 Février 2014


Autant de ciel que de rive frangée
Autant de chocs pour l’éclat dominant

Il faudra bien que le vent se perde
Fossile sur la mer en feu

Il faudra que des formes tombent
Leur source jaune veillant sur des racines

Après la pluie tordant les sillons quel nouveau barrage
Quelle montagne auront la clef profonde et bleue de la plaine ?

toile d'Aurélie Lebrun

toile d'Aurélie Lebrun

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #Poèmes. Collaboration avec des peintres.

Repost 0

Publié le 21 Février 2014

La flèche aux soleils
Se déchire
Elle s’étend creusée d’étoiles
D’arrêts pour un décor noir
Elle crépite en relief
En or jusqu’à signer des versants
Même un glacier crépusculaire
Elle bat si retomber colorie les cavernes
Si finir en gouttelettes approche la poussière
Car l’espace ne l’épuise pas
Ni le jour couvert de cendres
Ni ce qui renverse le territoire
Ni le verrou géologique
Loin du temps transparent le nôtre
Emporté dans l’espace
Miroir du sol
Malgré la source qui déjà renverse les ombres

toile d'Aurélie Lebrun

toile d'Aurélie Lebrun

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #Poèmes. Collaboration avec des peintres.

Repost 0

Publié le 21 Février 2014

Une grille
Sur les rides

Il a fermé le paysage

Carré
Bossu

Socle en lambeaux

Il a verrouillé la rivière
Forcé les atomes à croire au marbre

Que son emplacement bleu transparaisse

Balade au pays des morts 9

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #balade au pays des morts

Repost 0

Publié le 19 Février 2014

Quel puits remonte
Avec sa vitre ?
Il pousse l’herbe
Sève cassante
Enflamme une rive
Crée des écorces

La surface glisse
Brume qui bleuit
Pour le battement du socle
Ce terrain couronné
Déplacé dans la lumière
Le versant brûlant du vide

toile d'Alain Lequesne

toile d'Alain Lequesne

Voir les commentaires

Rédigé par Régis Roux

Publié dans #Poèmes. Collaboration avec des peintres.

Repost 0