Publié le 22 Janvier 2015

Toile de Valérie Chauve    Site de l'artiste:   http://valeriechauve.com/

Toile de Valérie Chauve Site de l'artiste: http://valeriechauve.com/

Qu’il déchire l’oxygène
Pris dans le ciel

Que les matinées le poussent

Sans faille
Ce rythme
Qui aime les sources
Comme un demi-cercle avec des ondes électriques

De la glace atteindra le centre qui ne dort jamais
Repris dans d’autres racines
Un gonflement risquant la frontière la plus haute
Hors de toute saison poussiéreuse
La dernière part accordée aux sentiments





















































































































































































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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 21 Janvier 2015

Toile de Valérie Chauve  Site de l'artiste:  http://valeriechauve.com/

Toile de Valérie Chauve Site de l'artiste: http://valeriechauve.com/

Le sable a suivi les vagues
Leur frontière en attendant tout du soleil

Fosse brillante
Parfois si fine
Qu’un reflet s’installe

Ce que devient l’eau gorgée de pigments

L’heure où la terre s’en va
Sans retenir contours
Epaisseurs et glissements bleus

Un peu d’écume
Perce l’écorce


















































































































































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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 21 Janvier 2015

Toile de Valérie Chauve   Site de l'artiste:    http://valeriechauve.com/

Toile de Valérie Chauve Site de l'artiste: http://valeriechauve.com/



Les tours pour la brume
Pour un arc-en-ciel d’un seul flot
Inclinent blancheur et traits
Malgré du gris qui prend altitude et racines
Rebâtit jusqu’au rythme
Effaçant tout passage en direction des territoires libres
Où la neige offre son velours
Le vertige sa respiration profonde

La terre accompagne ce combat
Même en deuil après l’automne

Couleur voisine
Dans un élan

Gagner la part à laquelle répond le retour beige d’un décor nouveau
































































































































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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 20 Janvier 2015

Toile de Valérie Chauve.     http://valeriechauve.com/2.html

Toile de Valérie Chauve. http://valeriechauve.com/2.html

TOTEM

Il a ce qui brûle par l’échelle
Cette offrande aux flèches bleuies
Le tronc qui s’effrite
Mais reste dans l’espace intérieur
Avec des rêves d’ivresse

Il s’engage ailleurs
Accentue le ciel
Même à la base

Ainsi prend des graines

Prépare un écho marin
Peinture droite au milieu du soir

Il repère un regard ancien que chaque saison réveille
Totem enfant
Qu’une lumière traverse

























































































































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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 19 Janvier 2015

Valérie Chauve, Acrylique sur toile, diamètre 60 / 2014;      Site de l'artiste: http://valeriechauve.com/2.html

Valérie Chauve, Acrylique sur toile, diamètre 60 / 2014; Site de l'artiste: http://valeriechauve.com/2.html

Un seul tourbillon prend tous les courants

De la poussière à la profondeur

De la sève à l’air si doux
Et son cœur montre un écart plus sombre
Il devient dense
Attire des écorces rouges
Des rebords le soir
Des reliefs inondés
De la mousse venue de l’autre face
Une atmosphère fidèle aux nuances qui voyagent

Le jour après la brume continentale est sans blessure
Juste un archipel étiré
Laissant battre le point libéré du monde
Un ancrage bleu à la fin
Pour mieux gagner sa renaissance


Régis Roux, le 19 janvier 2015











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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 17 Janvier 2015

Toile de Chantal Longeon

Toile de Chantal Longeon

LUNES COURONNEES ou la liberté plus haut que la matière


Glissant sur l’aube
Le long de vitres fondues
Elles plongent dans la frontière
Celle qui accueillera leur danse
Toute saison jumelle entre neige et flammes

Guerrière pâle
Ou pièce vive
Quelle heure attend la liberté plus haut que la matière ?

Lune à la peau déserte après l’explosion d’une source
Lune éclairée par un cœur brûlant
Des fleurs tissent de l’une à l’autre une distance apparue
Toile ensemble
Véritable reine





































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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 11 Janvier 2015

Couverture de Le Savon de Francis Ponge (ed Gallimard de 1967)/ pages 30,31/ Savon d'Alep (Syrie...)
Couverture de Le Savon de Francis Ponge (ed Gallimard de 1967)/ pages 30,31/ Savon d'Alep (Syrie...)
Couverture de Le Savon de Francis Ponge (ed Gallimard de 1967)/ pages 30,31/ Savon d'Alep (Syrie...)
Couverture de Le Savon de Francis Ponge (ed Gallimard de 1967)/ pages 30,31/ Savon d'Alep (Syrie...)
Couverture de Le Savon de Francis Ponge (ed Gallimard de 1967)/ pages 30,31/ Savon d'Alep (Syrie...)

Couverture de Le Savon de Francis Ponge (ed Gallimard de 1967)/ pages 30,31/ Savon d'Alep (Syrie...)

1943 ? Résistance formulée par l'image...

Alors ? On s'en lave les mains ou bien on se les lave ?

"

Nous étions donc, alors, en pleine guerre, c'est-à-dire en pleines restrictions, de tous genres, et le savon, le vrai savon, en particulier, nous manquait. Nous n'avions que de mauvais ersätze-qui ne moussaient pas du tout. "

Francis Ponge, Le Savon, p.15.

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Publié le 10 Janvier 2015

Hommage à Charlie, dessin de Valérie Gaubert, janvier 2015.

Hommage à Charlie, dessin de Valérie Gaubert, janvier 2015.



LIBERTE (hommage à Charlie)


Le sang est un mot que nous gardons pour vous
Dessinateurs au crépuscule éclaté pour des rires

Nous prononçons après votre mort ce qui résonne
Ces traits brûlants jusqu’au lendemain

Cendres au bout du crayon
Quel battement nourrit toujours la sève ?

Hommes dont les doigts s’enracinent dans des images
Au point de secouer l’ombre glacée
Frères des arbres jumeaux aux millions de feuilles
Rien ne peut nouer dans l’abattage vos nervures
Avec tous les oiseaux dont le chant piste les saisons
Au-delà de leur coeur migrateur

Nous nous voyons dans le même paysage
Libre à votre suite
Libre sans déchirer votre âme

Vous dépassez l’impact orageux

Régis Roux, le 10 janvier 2015.



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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 8 Janvier 2015

Premières de couverture de livres récents de Michel Cosem.
Premières de couverture de livres récents de Michel Cosem.
Premières de couverture de livres récents de Michel Cosem.
Premières de couverture de livres récents de Michel Cosem.
Premières de couverture de livres récents de Michel Cosem.
Premières de couverture de livres récents de Michel Cosem.

Premières de couverture de livres récents de Michel Cosem.

*

Les romans de Michel Cosem sont bien poétiques. Le dernier, L’Aigle de la frontière, l’est peut-être encore davantage car le héros Jean-Christophe propose une vision du monde et un comportement singuliers. Rêveur amoureux de la montagne pyrénéenne, ami d’un ourson qui lui rendra bien sa douceur, sa fidélité, il « voyage » véritablement sur la frontière franco-espagnole juste avant et pendant la seconde guerre mondiale. De contrebandier sympathique il devient malgré lui passeur de réfugiés, d’individus désireux de rejoindre Londres; mais s’il se montre libre, généreux, honnête, courageux, il garde les yeux sur les crêtes. Il est dans son royaume terrestre en dehors de l’Histoire; et l’on comprend vite que la source de sa détermination à aimer la vie libre rejoint l’aigle qui tourne, là-haut, scrutant l’énergie du territoire. « Le reste n’était qu’une caresse de l’air, qu’un fugitif reflet vite absorbé par le ciel bleu. » (p.80)

Au fond rien ne peut changer à la fête présente au cœur d’un homme en harmonie avec le lieu où sa vie se déroule. Certes, on peut parler de résistance -et l’Histoire elle-même nous enseigne que la barbarie peut toujours assombrir un paradis- mais la montagne demeure identique à elle-même, « sereine, seulement soumise au rythme des saisons » (p.241). Jean-Christophe dont le Saint est le patron des voyageurs, et dont le prénom renvoie immanquablement au village de Saint-Christophe en Oisans dans le Dauphiné, patrie de de dynastie de guide fameux, eh bien ce jeune homme, justement, n’est pas un guide pour touristes comme d’autres hommes de la région. Il ressemble plutôt à l’aigle, ne suivant que son rythme au-dessus des pays. « Il devinait le corps de l’aigle à l’ombre noire où s’accrochaient les ailes. » (p.80)
C’est un peu ce qui rend ce roman original, profond par sa rêverie. L’intérêt dramatique existe bien, mais souvent, le chapitre suivant apporte une autre lumière, et je trouve que celle-ci éclaire d’abord le cœur de Jean-Christophe. Aigle, ours, montagne, tout n’est qu’une image de ce qui fait battre le cœur d’un amour car comme dans tous les romans de Cosem, la femme est présente, couleur profonde. Il s’agit de Laurence. « Elle était dans une robe bleue et silhouette vibrait comme une flamme. » (p.275) » « …et derrière elle, dominant le feuillage des tilleuls, se dessinait la crête de Vénasque au pic de Sauvegarde dans un ciel doré. » (p.275)
Cependant, il ne faut pas s’imaginer que le roman baigne dans un climat idéal où la pureté des sentiments écarterait facilement les ombres. Ces dernières se dessinent avec un réalisme puissant: lâcheté, opportunisme de collaborateur, violence de l’Occupation allemande, mais aussi, plus simplement, dirais-je, découverte de la vie si proche de la mort, de la peur. Jean-Christophe ne cesse pas de franchir la frontière avec ses rêves, son courage, sa prudence et ce calme qui lui permet de survivre.
Michel Cosem est un poète à l’œuvre importante, un romancier pour la jeunesse et les adultes au regard à la fois tranquille et habité par une énergie, une passion des mots et des images, une folie des voyages comme inépuisables. On est frappés de voir que la Nuit des naufrageurs chante la force de la mer avec autant de profondeur que ce retour vécu dans le massif des Corbières intitulé Les Oiseaux de la Tramontane. Un autre paysage apparaît dans Justine et les loups, l’Aubrac, un chant d’étendues agitées par la recherche, là encore, d’un amour total c’est-à-dire exigeant tout des fleurs, des pierres, du vent, des saisons.
L’homme n’est pas seul. On se le dit en lisant ces romans que je ne qualifierai pas de « régionalistes ». Un lieu trouve d’autres échos, souvent lointains, c’est bien ce que répètent les éditions Encres Vives fondées et dirigées par Michel Cosem depuis les années soixante.
Pour ma part, je suis particulièrement sensible, depuis que j’ai rencontré l’écriture de Michel Cosem, à la musique, au jeu des sonorités qui habitent les images.

« Les silhouettes fines de la pluie
rôdent sur les ventres de terre
gorgés de graines
gorgés de sèves
Elles dansent autour des collines
diaphanes elles libèrent les prisons
et mettent le vent
à la tourmente
les villages envoûtés
ouvrent de grands yeux » (Ainsi se parlent le ciel et la terre, poèmes, p.51)

*
« L’oiseau sur la plus haute branche
Parle de la rondeur du jour
De la respiration des pailles
Des herbes de vie
Des feuilles qui ont la forme de cœur
Mais aussi de l’ombre de la buse
Et du labyrinthe de l’églantier » (Justine et les loups, P.243)

De la plus haute branche au labyrinthe existe bien, comme me l’a rappelé avec une grande acuité l’auteur dans une dédicace amicale, un pays de la poésie que nulle frontière, nulle épreuve difficile ne peut abolir.
Régis Roux, le 8 janvier 2015.

*
L’Aigle de la frontière, éditions De Borée, 2014; 282 pages, 20 euros.
Les oiseaux de la Tramontane, éditions Lucien Souny, 2013; 188 pages, 16,50 euros.
Justine et les loups, éditions De Borée, 2008; 311 pages, 17,50 euros.
La nuit des naufrageurs, éditions du Pierregord, 2008; 340 pages, 20 euros.
Ainsi se parlent le ciel et la terre, éditions l’Harmattan, 2013; 89 pages, 11,50 euros.

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Rédigé par Régis Roux

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Publié le 3 Janvier 2015

photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/  1, 2 janvier 2015.
photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/  1, 2 janvier 2015.
photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/  1, 2 janvier 2015.
photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/  1, 2 janvier 2015.
photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/  1, 2 janvier 2015.
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photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/  1, 2 janvier 2015.
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photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/  1, 2 janvier 2015.
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photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/  1, 2 janvier 2015.
photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/  1, 2 janvier 2015.

photos de Régis Roux prises dans le Beaujolais. 30, 31 décembre 2014/ 1, 2 janvier 2015.

Bien sûr que non ! Le vin, même s'il peut parfois être qualifié "de glace", a plutôt ses racines dans le soleil. Il n'empêche qu'en ce moment les vignes, sous la neige -ou du moins ce qu'il en reste- acceptent la blancheur en attendant le printemps. D'ici là, cette brume comme solidifiée aura totalement disparu. Mais comprend-on de quoi je veux parler ? Il suffit de regarder ces photos prises alors que se tournait la fin d'année pour que les images s'attardent, se parlent sans saison, ni froid ni canicule, face au regard qui lui ne se laisse pas abuser par le calendrier. Un paysage, une vigne, une pierre, des arbres, de la glace ou de l'eau, et la collection qui nourrit le coeur reste la même.

Régis Roux.

*

Voici à présent un texte de l'écrivain et ami Jean-Yves Loude qui -le bonheur de la poésie créant les rencontres- réside en ce pays saisissant :

La petite maison de vigne

Je suis écrivain et voyageur. Quand on parcourt le monde, on a besoin d'un solide port d'attache, d'un point de bon retour. Né à Lyon, je vis en Beaujolais : au bout d'un chemin, au sommet d'une colline, en solitude, avec le Mont Blanc en ligne de mire quand le Sud envoie son vent fou. C'est là que je dépose mes carnets, chargés de notes et de poussière des chemins lointains. Et que j'écris. C'est une petite maison de vigne, modeste mais dominante, qui m'a fait citoyen d'une principauté improbable : la combe de Huire, entre Beaujeu et Quincié. Des ancêtres l'avaient plantée sur une hauteur, à la lisière des bois, et ils produisaient là un vin pour la soif, sans autre ambition que d'accompagner leurs repas d'artisans savetiers tout au long de l'année. Ils travaillaient dans la grolle à Beaujeu et montaient à la vigne comme on va prier dans une de ces chapelles que les nécessités de la foi placent au plus près du ciel. La mémoire familiale retenait le nom du cépage qu'affectionnait le premier planteur de la lignée : le noah. J'étais petit et déjà on me disait que ce cépage était interdit parce que le vin du père Noé rendait fou. Les ceps furent arrachés. Aujourd'hui, ils ressortent de sillons oubliés et je ne les coupe pas. J'admire leur résistance. J'ai même mangé, "l'année de la grande sécheresse", des grappes de ce noah clandestin au jus madérisé sur pied. Je les ai reçues comme un cadeau du fondateur des lieux qui m'invitait à rester.

Je reste.

Je contemple un Beaujolais vaste. En un regard, je peux mesurer le territoire des dix crus et réciter dans l'ordre, du Sud au Nord, devant les visiteurs envieux, la litanie des neuf clochers et du Moulin-à-vent qui rehaussent la légende du Beaujolais et de ses villages. Je loge dans une combe. Une combe beaujolaise est une vallée fermée dont le fond se perd dans la forêt, quand la route égare son goudron pour devenir sentier. Mon pays, vu avec l'œil de la buse, familière des lieux, ressemble à un dessus de main déployée : chaque doigt formant les crêtes qui dominent des vallées étroites où coulent des ruisseaux.

Dans cette combe de Huire dont le nom évoque un cri de rapace, vivait un vigneron que j'ai aimé. Il était le grand-père qui me manquait. C'est lui qui m'a ouvert l'accès au vin. Le sien était simple et bon comme lui. Il ne pouvait que rendre heureux. Les jours d'écriture harassante, je descendais le rejoindre au soir dans sa cave voûtée en pierres de taille, chargée de siècles et encombrée de foudres ventrus. Là, assis sur un tabouret de traite à trois pieds, il me demandait des nouvelles du monde que je visitais. Il aimait par-dessus tout que je lui raconte la vie de ces paysans du Pakistan, les Kalash, chez qui je passais de nombreuses saisons. Eux aussi faisaient du vin et cela le fascinait. Que des montagnards de l'Hindu-Kush, perchés sur la ligne frontière avec l'Afghanistan, puissent encore, à la fin du XXe siècle, cueillir du raisin de treilles parasites agrippées à d'immenses mûriers ou noyers, oui cela l'émerveillait. Je lui disais que ces vignerons d'Asie centrale pratiquaient des vendanges célestes à six mètres du sol, avant de presser les grappes au pied dans des fouloirs de bois en gueulant des prières aux dieux proches. Les dieux anciens aimaient le vin, c'est pour cela qu'ils se rapprochaient des humains pour exiger leur part. Le vin a toujours fait descendre les dieux des nues et élever l'âme des mortels vers les cieux. C'est bien ainsi, concluait le vieux vigneron. Alors il allait soutirer à la pipette le contenu d'un pot de Beaujolais-Village et nous buvions avec respect à la santé de ces derniers bergers dionysiaques de l'Himalaya dont la fréquentation avait changé ma vie.

Et quand je retournais séjourner parmi les Kalash, en hiver, au plein temps du solstice, eux aussi me demandaient d'expliquer les traditions de la vigne, chez moi. Je tentais de leur décrire le paysage de rangs serrés, de champs carrés, de ceps taillés qui escaladaient les pentes, épousaient les courbes, s'immisçaient dans les plis. Mais comment dire à des pasteurs habitués aux V majuscules de leur relief convulsif la beauté de l'horizon moutonnant du paysage beaujolais qui finit par prendre des allures de mer ? Une mer de vignes. L'expression était difficile à traduire si loin de l'océan. Alors, pour balayer les mots introuvables dans leur langue, les Kalash m'offraient en riant un vin aigre et froid, couvert d'écume, dans des écuelles en aluminium. Et dans la chaleur des étables, je pensais forcément à mon grand-père beaujolais qui espérait la suite de mes aventures dans ce pays au nom sonnant : le Kafiristan.

Il m'attendait.

Les nuits de froidure extrême en Asie ou les jours de folie solaire en Afrique, la vision de la petite maison au balcon vert, aux frises dentelées, aux balustres renflés à la mode de 1920, m'aidait à supporter les épreuves parfois redoutables des expéditions. Je savais revenir bientôt y déposer des trésors de paroles, des chants chamaniques, des mythes précieux, des légendes de siècles archaïques et encore vibrants. D'autres approches de l'existence et de la mort, des biens inestimables à transmettre aux vivants par écrit.

La petite maison cernée de robiniers est toujours là. Attentive vigie guettant un retour ou protégeant une retraite. Elle est le lien indispensable entre mes explorations d'adulte et mes rêves d'enfance. Ma raison d'être en Beaujolais.

Jean-Yves Loude

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Rédigé par Régis Roux

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